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Question de point de vue

Publié le jeudi 07 août 2014 par L'éQUIPE PILUKE.COM

Éditer de la poésie au XXIème siècle

C’est une affirmation récurrente : la poésie ne va pas bien, en éditer est un véritable sacerdoce… Piluke.com a donc voulu comprendre un peu mieux en quoi consiste le travail d’éditeur de poésies en interviewant un éditeur qui parvient à tirer son épingle du jeu. Où l’on découvre que la poésie n’est sans doute pas exactement à l’endroit où l’on pourrait s’attendre à la trouver…


Piluke.com : Ève Lerner, vous êtes la responsable de « L’autre rive », une maison d’édition spécialisée dans la publication de recueils de poésie. Comment fait-on pour éditer de la poésie au XXIème siècle ?

L’autre rive : On mouille la chemise. « L’autre rive » a édité une quarantaine de livres qui sont beaux à l’œil avec un contenu. À une époque nous disposions d’une galerie. Nous y avons organisé une quarantaine d’expositions et une centaine de lectures publiques.

Piluke.com : Éditer de la poésie aujourd’hui consiste forcément à éditer de beaux livres.

L’autre rive : Nous sommes une association donc pauvres par définition. Grâce au bénévolat et en assurant nous-mêmes la diffusion, nous arrivons à publier des livres qui sont vraiment plus beaux que la moyenne. Rarement en numérique et avec parfois des illustrations à chaque page. Nous les vendons à un prix bien inférieur à ce que la grande distribution pourrait offrir pour une qualité similaire. Mais qu’il n’offre pas selon moi.

lire de la poésie gratuitementPiluke.com : Néanmoins commercialement parlant, la poésie n’existe pas…

L’autre rive : On peut dire que la poésie est la grande refoulée du monde contemporain. Peut-être parce qu'il y a en elle un ferment de sédition, une force de rébellion. C'est un espace de liberté, irrécupérable par les systèmes.

Soyons clairs, secteur marchand et poésie ne s’intersectent pas ; ce qui d’ailleurs est un bienfait pour la poésie. À partir de là, tout est permis et notre association arrive à s’y retrouver financièrement. Avec la vente des deux derniers ouvrages, on a toujours assez en caisse pour publier le suivant. Donc pas de souci à ce niveau-là. En revanche ce sont les lectures publiques qui font le lien avec lectorat. Quand une lecture publique est réussie, on vend beaucoup de livres.

Piluke.com : c’est principalement de cette façon que vous vendez les livres ?

L’autre rive : Plus que dans les salons littéraires par exemple.

Piluke.com : Comment s’organisent les lectures publiques ? Vous avez un réseau, des bibliothèques

L’autre rive : On commence à être connu comme le loup blanc en Bretagne. Ce mois-ci par exemple, j’ai été invitée 5 fois.

Piluke.com : En vous écoutant, j’ai l’impression que la poésie est un monde beaucoup plus proche de l’art visuel ou musical que de la littérature…

L’autre rive : Effectivement il y a une différence radicale entre l'écrivain qui construit de la prose et le poète. La poésie, c’est principalement de la musique et du visuel. Contrairement à une idée très répandue, la poésie est très vivante. D’ailleurs concernant les bibliothèques, on note une nette recrudescence des emprunts de livres de poésie. Mais avant tout la poésie est très vivante par les lectures publiques.

Piluke.com : Poésie et musique… Si l’on parle de Rap ou de Slam, c’est quelque chose qui vous choque ?

L’autre rive : Comme poète, je slamme en deux langues. En français et en anglais. J’ai fait des récitals de poésie avec des groupes de jazz fusion... avec Mariannig Larchan'teg qui joue merveilleusement bien de la harpe celtique ou avec la violoncelliste Sylvie Bougoin. Quand j’étais à San Francisco, c’était avec les Congas. La rythmique interne du poème est complètement changée grâce à ce type de démarche. Quelquefois avec certains l’improvisation est totale… Je dois dire que quand on s’écoute bien, on est rapidement en phase, peut-être mieux que si l’on avait répété avant.

Piluke.com : Vous créez la poésie au cours de cette improvisation ?

L’autre Rive : Non. La poésie a été écrite préalablement, mais elle vient se caler sur la musique, qui elle repose sur de l’improvisation.

Piluke.com : On est très loin de mots inscrits sur un papier…

L’autre rive : La meilleure place de la poésie n’est peut-être pas sur la page.

Piluke.com : Un recueil de poèmes, c’est combien d’exemplaires vendus ?

L’autre rive : 700 ouvrages, c’est magnifique. On les fait, mais sur un laps de temps très long.

Piluke.com : De fait les conseils à donner pour un poète qui souhaiterait se faire éditer sont nécessairement spécifiques…

L’autre rive : Oui, tout d’abord éviter de se faire éditer à compte d’auteur. Certaines entreprises commerciales prennent souvent beaucoup d’argent pour rien. Ensuite il faut qu’ils se sentent fiers d’écrire ce qu’ils ont écrit et le partager grâce à des lectures publiques. Un tel exercice est aussi un excellent moyen éditorial de corriger ce qui cloche. Et puis qu’ils ne s’étonnent pas d’être rejetés de nombreuses fois avant de trouver un éditeur. C’est un peu décourageant, mais c’est ainsi.

 

Pour contacter l'Autre Rive : evelerner398@gmail.com

 

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